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Ce à quoi peut ressembler une de mes journées en tant qu’observatrice internationale des droits de l’Homme

En racontant mon expérience en Colombie par skype, email ou encore whatsapp, je me rends bien compte qu’il est difficile de s’imaginer ce à quoi peut ressembler mon quotidien dans les communautés. J’ai donc décidé de décrire une de mes journées, particulièrement à Las Pavas dont j’ai expliqué le contexte dans mon article précédent (http://utopique.ch/2015/10/12/las-pavas/).

Les bords du fleuve Magdalena qui traverse toute la région où nous sommes

Les bords du fleuve Magdalena qui traverse toute la région où nous sommes

Il doit être à peine 5h15 du matin. La nuit a été un peu entrecoupée car un fort orage a sévi et, comme toujours sur cette vaste terre, le tonnerre a résonné fort et la pluie est tombée drue sur le toit de tôle. Comme la lumière du jour a tendance à me réveiller, allongée dans mon hamac, j’ai recouvert mes yeux de mon sac à viande afin d’essayer de dormir encore un peu. Mais déjà, il est trop tard, j’entends les « campesinos » se lever et discuter. Je retire mon masque de nuit improvisé et je guigne à travers ma moustiquaire. Le jour perce à peine, je me tourne (si si, on peut se tourner dans un hamac!) et m’octroie encore quelques minutes de sommeil, ou plutôt de doux réveil. A 5h40, je décide qu’il est temps de me lever! Je défais donc le nœud de ma moustiquaire, soigneusement noué la veille pour éviter le passage de tout éventuel insecte nuisible, et sors de mon hamac en essayant de viser mes tongs que j’ai quittées la veille en me couchant. La matinée est fraîche (un petit 26 degrés!), il a plu cette nuit, c’est agréable… Je reprends mon pantalon et mon t-shirt suspendus à la corde de mon hamac, ils sont humides forcément. Ils sécheront sans que je m’en rende compte! Je me débarbouille le visage grâce à l’eau de pluie récupérée dans un grand tank, me fais rapidement une queue de cheval pour tenter de contenir mes cheveux rebelles avec cette humidité, et voilà je suis prête!

Le campement où nous mangeons et dormons

Le campement où nous mangeons et dormons

"le dortoir"

« le dortoir »

Pendant ce temps, Esteban*, un des campesinos qui a dormi avec nous, a déjà allumé le feu pour préparer le petit déjeuner et fait le café. Il ne nous reste qu’à préparer notre repas. Ce sera œufs brouillés et arepas (galette de maïs). Nous nous chargerons des œufs, Esteban des arepas qu’il fera cuire dans des feuilles de bananiers.

La cuisinière au feux de bois

La cuisinière au feu de bois

Le programme de la journée: aller rendre visite aux « parceleros », les campesinos qui vivent sur leur parcelle. Comme le territoire est assez vaste, les parcelles assez éloignées les unes des autres, nous avons besoin d’un guide. Il a été convenu que celui-ci passerait nous prendre « temprano », c’est-à-dire tôt, nous attendons, il est 7h00… Vers 8h00, un autre campesino arrive à pied du village. Il y a passé quelques jours et rentre sur sa parcelle pour aller travailler. Nous discutons avec lui et lui expliquons que nous attendons notre guide. Après un court instant, il nous propose de nous amener sur la première parcelle qui appartient justement à la famille de notre guide. Nous partons donc, casquette sur la tête et gilet vert PWS sur le dos, armés de notre sac à dos contenant de l’eau en quantité, crème solaire, anti-moustique, appareil photo, bloc-note, ainsi que de quoi préparer un repas que nous déposerons sur cette première parcelle où nous reviendrons pour le dîner.

Nous marchons tantôt à travers les plantations de palmes, tantôt à travers les cultures des campesinos

Nous marchons tantôt à travers les plantations de palmes, tantôt à travers les cultures des campesinos

Nous marchons une petite vingtaine de minute et arrivons à destination. Notre guide est en train de travailler mais on nous dit qu’il va arriver. Finalement José*, qui nous a accompagné jusque-là, nous propose de nous guider pour la journée après être passé chez lui pour se changer. Nous en profitons pour discuter avec la maman et sa fille. 30 minutes plus tard, José revient et nous pouvons partir. Il est 9h45. Le chemin jusqu’à la parcelle suivante est un peu plus long. Nous marchons une bonne demi-heure sur un chemin de terre. Comme il a plu durant la nuit, il y a des passages boueux mais nous adaptons nos pas pour les éviter au maximum (ayant préféré risquer nos baskets plutôt que d’enfiler les bottes en caoutchouc!). Le ciel est nuageux, il semble faire plus frais que d’habitude, mais ce n’est qu’une impression… Dès que l’on se met en marche, nous sentons que l’air est chargé d’humidité et nous suons… Nous atteignons la deuxième parcelle et les chiens, en bons gardiens de maison, courent en notre direction en aboyant. Il suffit d’un cri du propriétaire des lieux pour que ceux-ci baissent un peu leur garde. Nous nous asseyons, sortons nos bouteilles d’eau afin de récupérer le litre que nous venons de perdre en marchant jusque-là et discutons avec la famille. Les enfants nous observent, osent un petit sourire du coin de la bouche. Un chiot, joueur, vient s’en prendre à la lanière du sac de mon collègue. Un dindon sort ses ailes et gonfle ses plumes pour essayer de séduire Madame. Lors de cette rencontre, nous apprendrons qu’ils cultivent du riz, des bananes plantains et de la yuca, mais que malheureusement cela n’est pas un régime alimentaire adapté aux enfants. La nourriture est un réel problème pour cette communauté, les attaques sur les cultures étant fréquentes.

Les plantes de la yuca

Les plantes de la yuca

Des bananiers

Des bananiers

Il est temps de nous remettre en route. Le chemin s’enfonce un peu plus dans la forêt et les moustiques font leur apparition. Vite un petit coup d’anti-moustique en plus de la casquette qui passe d’un côté et de l’autre de la tête pour éloigner ces « insectes-dont-l’utilité-est-plus-que-questionnable ». Le sentier est assez mauvais, beaucoup d’arbres sont tombés, de nombreux endroits sont boueux. Après 30 minutes, nous nous retrouvons devant un pré inondé où un troupeau de vaches est passé… Nous essayons de nous frayer un chemin en évitant au maximum de nous enfoncer dans la boue. Peut-être aurait-il été finalement plus ingénieux d’enfiler nos bottes… Il nous faut nous rendre à l’évidence, nous n’arriverons pas à passer par-là! Nous décidons de rebrousser chemin et de passer par « la route », qui n’est autre que le sentier principal. Il est déjà quasi 12h00. Nous retournons donc sur la première parcelle pour dîner et continuerons notre visite durant l’après-midi. Le dîner est composé de riz, de thon, de tomates, d’oignons et de yuca. La nourriture contient ici beaucoup de féculents, mais est en général très bonne! Arrivent le cousin, l’oncle et le père, nous mangeons alors tous ensembles. Après une petite sieste dans le « chincharon » (type de hamac fait de nœuds), nous repartons. Il est 14h20. Nous visiterons 3 autres familles durant l’après-midi avec lesquelles nous évoquerons la situation de la communauté, l’état de leurs cultures, mais également les habitudes alimentaires suisses, les saisons et la taille quelque-peu insignifiante de notre pays par rapport à l’immense Colombie lorsque nous savons que la population suisse tient dans la seule ville de Bogota!

Il est 17h15 et nous arrivons au campement où nous dormons. Nous profitons de la lumière du jour pour nous doucher. Esteban a déjà rempli le seau d’eau de pluie pour que nous puissions nous laver. Il n’y a plus qu’à prendre des habits secs et enfin, nous pouvons nous rafraîchir un peu!

"La douche"

« La douche »

Entre-temps, la nuit est tombée et nous cuisinons à la lampe frontale. Une unique ampoule éclaire le campement de sa faible lueur, elle nous suffira pour manger. Nous discutons avec Samuel* qui nous raconte l’histoire de la communauté, les différentes étapes de leur lutte longue de 8 ans déjà, la difficile réalité du quotidien…

Arrive 21h00, les grillons se sont réveillés et nous, nous estimons que c’est une heure raisonnable pour aller nous allonger. Je réfléchis à ce dont j’ai besoin pour la nuit, je veux éviter au maximum de devoir ressortir de mon hamac, sous ma moustiquaire! Lampe-frontale, sac à viande, et ma liseuse car il est quand même un peu tôt pour s’endormir…

* nom d’emprunt

La Bolivie en solo

du 3 au 10 octobre 2015
situer sur la carte

Avant de quitter la Colombie et sa magnifique région de San Gil, je me réserve un petit vol en parapente dans le canyon Chicamocha (plan), qui constitue un spectaculaire endroit naturel pour voler et surtout expérimenter les nombreux et puissants thermiques. Rien de tel qu’un bon petit vol en parapente pour apprécier la beauté du canyon, volant silencieusement dans les airs par la plus simple énergie naturelle…En savoir plus

« Las Pavas »

du 5 au 10 octobre 2015

Nous venons de terminer une semaine de visites dans 2 des 5 communautés que nous accompagnons. Nous avons donc rendu visite aux « parceleros » (les personnes qui cultivent leurs parcelles) pour savoir comment ils allaient, s’ils avaient récemment subi des attaques ou menaces, comment se portaient leurs cultures,… Au fil de ces discussions, nous découvrons toujours un peu plus leur situation parfois très précaire, leurs difficultés face à cette lutte quotidienne et ses conséquences.

Dans une des communautés, appelée « Las Pavas », qui se bat contre l’entreprise d’huile de palme colombienne Aportes San Isidro, la pression de l’entreprise est telle que les campesinos sont contraints de vivre sur leurs parcelles pour empêcher au maximum les attaques de la part de l’entreprise. Ces parcelles se situent à 30-45 minutes à moto du village, mais des motos, les parceleros n’en possèdent pas. C’est à dos d’âne, de cheval parfois, ou à pied qu’ils se déplacent. Il en est de même pour les enfants qui se rendent à l’école du village. En discutant avec une maman, j’ai appris qu’ils devaient quitter la maison à 5h20 pour arriver à l’école à 6h30, heure du début des cours, pour ne revenir qu’à 14h00 sans avoir mangé! Vivre sur les parcelles et ne pas pouvoir les quitter signifie aussi que la nourriture justement n’est pas très abondante… Les campesinos sèment de la yuca, du riz, du maïs  pour se nourrir avant tout, mais les attaques « dès qu’ils ont le dos tourné » ont pour conséquences que beaucoup de récoltes n’ont pas pu voir le jour car arrachées à peine semées ou perdues car brûlées. Il en résulte une malnutrition importante particulièrement chez les enfants. À cela s’ajoute la difficulté de l’accès à l’eau: la plupart ont maintenant un puits qui rejette une eau trouble et boueuse, mais qu’ils peuvent heureusement filtrer grâce à des seaux de purification fournis par l’organisation ChristianAid.

Il y a 4 semaines, une des familles de parceleros a dû quitter sa maison car le père devait recevoir des soins, suite à un accident. Les voisins de cette famille, qui se trouvent à 10mn à pied, gardaient un œil sur la maison durant la journée mais ne pouvaient pas y rester la nuit. Les travailleurs de l’entreprise en ont profité pour brûler la maison vide, avec le peu de possessions que cette famille avait!

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Ce qu’il reste de la maison brûlée pas les travailleurs de l’entreprise

Face à cette situation, un sentiment d’impuissance nous envahit. Ces dernières années, plusieurs décisions juridiques ont été prononcées en faveur de la communauté. Mais l’entreprise n’en a respecté aucune, et personne n’est intervenu pour l’y contraindre. On a cette sale impression que la justice n’a pas de poids face à l’économie. Et pourtant, lors de notre dernier passage, les membres de la communauté étaient heureux d’une récente décision de la Cour constitutionnelle qui aurait pour conséquence de valider le fait que les terres de ce secteur ne sont pas propriété de l’entreprise mais bien des campesinos. C’est une victoire pour la communauté car, même si la question se pose de savoir comment (et quand) les autorités vont s’y prendre pour l’appliquer, c’est un argument légal fort qu’elle a maintenant et elle n’y serait jamais parvenue si elle s’était laissée envahir par l’impuissance…

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« La terre est notre projet de vie. Si nous ne l’avons pas, nous mourrons. Nous exigeons, comme première réparation, la TERRE. »

Retrouvailles en terres colombiennes

du 22 septembre au 2 octobre 2015

Nous ne pensions pas nous revoir avant mon retour en Suisse et voilà que pour 3 mois de volontariat, j’avais droit à une petite dizaine de jours de vacances… Nous n’avons donc pas fait long avant de trouver une date et un lieu pour nous retrouver… Une traversée de frontière Equateur-Colombie, puis un vol Pasto- Cartagène via Bogota pour Patrick, et une douzaine d’heures de bus de nuit pour moi, et c’est dans la belle ville de Cartagène que nous nous sommes retrouvés! Les vacances pouvaient alors commencer… Cartagena de Indias, de son nom complet, est connue pour sa vieille ville à l’architecture coloniale et aux couleurs vives où il fait bon se promener au hasard des ruelles et des murailles qui encerclent la ville. Moult resto, petites places qui se remplissent le soir venu, marchants ambulants de fruits ou d’artisanat, une ambiance tranquille, légère… en bref, les vacances, et le lieu idéal pour se retrouver! Nous avons donc passé 3 jours à flâner avant de continuer notre route : il y a tant à voir dans cet immense et beau pays ;-)!

Étant déjà passée par-là, Patrick m’a laissé l’emmener un peu plus à l’est de la côte caraïbe, dans un petit village de pêcheurs appelé Taganga. Il y a 5 ans, c’était encore un endroit assez paisible; il semblerait qu’il soit devenu le repère des routards fêtards… Heureusement pour nous, nous étions hors saison!
Taganga est surtout un point d’accès agréable pour visiter le parc national Tayrona, un magnifique parc en bordure de mer qui se parcourt uniquement à pied ou à cheval et qui abrite de superbes plages à l’eau turquoise… Nous y avons passé 2 jours, avec nuit dans un hamac – il fallait bien que Patrick teste ce type d’hébergement! – Traverser des cocoteraies, longer des plages désertes (car malheureusement dangereuses) au sable blanc, se baigner dans de l’eau turquoise (là où ce n’était pas dangereux!), c’était superbe, mais qu’est-ce qu’on a sué! 35-38 degrés, 85% d’humidité, pas la moindre petite brise à part sur la plage… La nuit fut plus que tropicale, même dans un hamac!!

De cette bonne chaleur qui vous enveloppe de jour comme de nuit et à laquelle, au contraire de Patrick, je me suis un peu habituée (pour rappel, la ville dans laquelle je suis basée est surnommée « le four », et je confirme!), nous avons décidé d’y soustraire quelques degrés et de descendre à l’intérieur du pays dans la région de San Gil. Un petit 25-30 degrés est bien plus agréable pour nous autres Suisses… Les paysages ont changé : ici, c’est vert, montagneux, la mer a laissé place à un grand fleuve qui fait la joie de nombreux touristes venus faire du rafting, de la spéléo, du rappel et j’en passe! Pour notre part, nous mettons le cap sur le petit village colonial de Barichara à 45mn de San Gil où l’ambiance est vraiment pépère. Il parait que c’est le plus beau village de Colombie… C’est vrai que c’est très charmant…

Mais le temps des vacances touche à sa fin : Patrick va poursuivre son voyage en Bolivie, quant à moi je retourne à mon volontariat pour un peu plus d’un mois encore!