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« Las Pavas »

du 5 au 10 octobre 2015

Nous venons de terminer une semaine de visites dans 2 des 5 communautés que nous accompagnons. Nous avons donc rendu visite aux « parceleros » (les personnes qui cultivent leurs parcelles) pour savoir comment ils allaient, s’ils avaient récemment subi des attaques ou menaces, comment se portaient leurs cultures,… Au fil de ces discussions, nous découvrons toujours un peu plus leur situation parfois très précaire, leurs difficultés face à cette lutte quotidienne et ses conséquences.

Dans une des communautés, appelée « Las Pavas », qui se bat contre l’entreprise d’huile de palme colombienne Aportes San Isidro, la pression de l’entreprise est telle que les campesinos sont contraints de vivre sur leurs parcelles pour empêcher au maximum les attaques de la part de l’entreprise. Ces parcelles se situent à 30-45 minutes à moto du village, mais des motos, les parceleros n’en possèdent pas. C’est à dos d’âne, de cheval parfois, ou à pied qu’ils se déplacent. Il en est de même pour les enfants qui se rendent à l’école du village. En discutant avec une maman, j’ai appris qu’ils devaient quitter la maison à 5h20 pour arriver à l’école à 6h30, heure du début des cours, pour ne revenir qu’à 14h00 sans avoir mangé! Vivre sur les parcelles et ne pas pouvoir les quitter signifie aussi que la nourriture justement n’est pas très abondante… Les campesinos sèment de la yuca, du riz, du maïs  pour se nourrir avant tout, mais les attaques « dès qu’ils ont le dos tourné » ont pour conséquences que beaucoup de récoltes n’ont pas pu voir le jour car arrachées à peine semées ou perdues car brûlées. Il en résulte une malnutrition importante particulièrement chez les enfants. À cela s’ajoute la difficulté de l’accès à l’eau: la plupart ont maintenant un puits qui rejette une eau trouble et boueuse, mais qu’ils peuvent heureusement filtrer grâce à des seaux de purification fournis par l’organisation ChristianAid.

Il y a 4 semaines, une des familles de parceleros a dû quitter sa maison car le père devait recevoir des soins, suite à un accident. Les voisins de cette famille, qui se trouvent à 10mn à pied, gardaient un œil sur la maison durant la journée mais ne pouvaient pas y rester la nuit. Les travailleurs de l’entreprise en ont profité pour brûler la maison vide, avec le peu de possessions que cette famille avait!

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Ce qu’il reste de la maison brûlée pas les travailleurs de l’entreprise

Face à cette situation, un sentiment d’impuissance nous envahit. Ces dernières années, plusieurs décisions juridiques ont été prononcées en faveur de la communauté. Mais l’entreprise n’en a respecté aucune, et personne n’est intervenu pour l’y contraindre. On a cette sale impression que la justice n’a pas de poids face à l’économie. Et pourtant, lors de notre dernier passage, les membres de la communauté étaient heureux d’une récente décision de la Cour constitutionnelle qui aurait pour conséquence de valider le fait que les terres de ce secteur ne sont pas propriété de l’entreprise mais bien des campesinos. C’est une victoire pour la communauté car, même si la question se pose de savoir comment (et quand) les autorités vont s’y prendre pour l’appliquer, c’est un argument légal fort qu’elle a maintenant et elle n’y serait jamais parvenue si elle s’était laissée envahir par l’impuissance…

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« La terre est notre projet de vie. Si nous ne l’avons pas, nous mourrons. Nous exigeons, comme première réparation, la TERRE. »

Retrouvailles en terres colombiennes

du 22 septembre au 2 octobre 2015

Nous ne pensions pas nous revoir avant mon retour en Suisse et voilà que pour 3 mois de volontariat, j’avais droit à une petite dizaine de jours de vacances… Nous n’avons donc pas fait long avant de trouver une date et un lieu pour nous retrouver… Une traversée de frontière Equateur-Colombie, puis un vol Pasto- Cartagène via Bogota pour Patrick, et une douzaine d’heures de bus de nuit pour moi, et c’est dans la belle ville de Cartagène que nous nous sommes retrouvés! Les vacances pouvaient alors commencer… Cartagena de Indias, de son nom complet, est connue pour sa vieille ville à l’architecture coloniale et aux couleurs vives où il fait bon se promener au hasard des ruelles et des murailles qui encerclent la ville. Moult resto, petites places qui se remplissent le soir venu, marchants ambulants de fruits ou d’artisanat, une ambiance tranquille, légère… en bref, les vacances, et le lieu idéal pour se retrouver! Nous avons donc passé 3 jours à flâner avant de continuer notre route : il y a tant à voir dans cet immense et beau pays ;-)!

Étant déjà passée par-là, Patrick m’a laissé l’emmener un peu plus à l’est de la côte caraïbe, dans un petit village de pêcheurs appelé Taganga. Il y a 5 ans, c’était encore un endroit assez paisible; il semblerait qu’il soit devenu le repère des routards fêtards… Heureusement pour nous, nous étions hors saison!
Taganga est surtout un point d’accès agréable pour visiter le parc national Tayrona, un magnifique parc en bordure de mer qui se parcourt uniquement à pied ou à cheval et qui abrite de superbes plages à l’eau turquoise… Nous y avons passé 2 jours, avec nuit dans un hamac – il fallait bien que Patrick teste ce type d’hébergement! – Traverser des cocoteraies, longer des plages désertes (car malheureusement dangereuses) au sable blanc, se baigner dans de l’eau turquoise (là où ce n’était pas dangereux!), c’était superbe, mais qu’est-ce qu’on a sué! 35-38 degrés, 85% d’humidité, pas la moindre petite brise à part sur la plage… La nuit fut plus que tropicale, même dans un hamac!!

De cette bonne chaleur qui vous enveloppe de jour comme de nuit et à laquelle, au contraire de Patrick, je me suis un peu habituée (pour rappel, la ville dans laquelle je suis basée est surnommée « le four », et je confirme!), nous avons décidé d’y soustraire quelques degrés et de descendre à l’intérieur du pays dans la région de San Gil. Un petit 25-30 degrés est bien plus agréable pour nous autres Suisses… Les paysages ont changé : ici, c’est vert, montagneux, la mer a laissé place à un grand fleuve qui fait la joie de nombreux touristes venus faire du rafting, de la spéléo, du rappel et j’en passe! Pour notre part, nous mettons le cap sur le petit village colonial de Barichara à 45mn de San Gil où l’ambiance est vraiment pépère. Il parait que c’est le plus beau village de Colombie… C’est vrai que c’est très charmant…

Mais le temps des vacances touche à sa fin : Patrick va poursuivre son voyage en Bolivie, quant à moi je retourne à mon volontariat pour un peu plus d’un mois encore!

 

Quito, Mindo et en route vers le nord

du 16 au 22 septembre 2015
situer sur la carte

Je me dirige maintenant vers le nord, puisque j’ai décidé de rejoindre Anne en Colombie pendant qu’elle aura une dizaine de jours de vacances. Avant d’y arriver, je fais une étape dans la fameuse capitale équatorienne, Quito, et ses plus de 2 millions d’habitants à 2900 mètres d’altitude. N’étant pas très fan des grandes villes je ne vais pas trop m’y attarder, sauf pour découvrir la vieille ville, une brasserie artisanale bien sympathique où j’ai passé 2 bonnes soirées pleines de rencontres intéressantes, El Teleferico, un téléphérique qui vous emmène à 4000 mètres observer volcans, montagnes et l’étendue de la capitale, et pour finir La Mitad del Mundo, le monument qui représente le milieu du monde, où passe la ligne équatoriale, le truc très touristique mais qui ne vaut ABSOLUMENT PAS le coup, car pas vraiment intéressant, loin du centre ville, et même pas précis!! Les vraies coordonnées 0’0’00 passent en effet quelques dizaines de mètres plus au nord!

Pour m’éloigner du brouhaha continu de la ville, je décide de me rendre à Mindo, un petit village paisible à 2 heures de bus de la capitale, dans la jungle, où il fait bon de s’y promener pour observer les oiseaux nombreux et originaux, ainsi que pratiquer d’autres activités dont les équatoriens raffolent. Une fois arrivé sur place, et surtout sur mon hamac, face à cette nature si paisible, je n’ai plus bougé les pieds! J’ai en effet rien foutu pendant 2 jours, et ça m’a fait un grand bien! J’ai bouquiné, organisé la suite du voyage, et surtout réaliser que j’en avais un petit peu marre de voyager, bouger, faire mon sac, se déplacer, s’installer, défaire mon sac, etc. J’arrive petit à petit à saturation, blasé de 9 mois de découvertes constantes sans répits…

J’ai besoin de vacances, ça tombe bien, je m’apprête à passer 10 jours en compagnie d’Anne :-). Mais avant de se retrouver, je me dois de rallier le nord de la Colombie et sa côte caraïbe. Pour cela, j’ai le choix entre un énorme trajet en bus de 2 jours entre Quito et Cartagène, ou un petit trajet en bus jusqu’à Pasto, première grande ville colombienne après la frontière, où les vols internes sont bons marchés contrairement aux vols internationaux. Évidemment, je préfère voler plutôt que perdre 2 jours de ma vie dans un bus… Ça tombe bien, juste après la frontière entre l’Équateur et la Colombie, avant Pasto, se trouve le petit village de Las Lajas, où des chrétiens ont bâti une basilique à l’endroit exacte d’un soit-disant miracle, dont je ne m’étalerai pas sur le sujet. L’intérêt ici réside dans le fait que cette basilique a été érigée entre 1916 et 1949 au fond d’une gorge contre la paroi dans un style néo-gothique. Je m’y rends donc depuis Quito en 5 ou 6 heures de bus, où je fais la connaissance de Markus, un sympathique allemand polyglotte qui maîtrise parfaitement le français. Après cette visite, un match de foot improvisé avec les gosses du coin en compagnie de ce Munichois, je repars le lendemain pour Pasto, d’où je peux voler en direction de la mer des Caraïbes 🙂

Quilotoa

du 14 au 15 septembre 2015, alt. 3900m
situer sur Google Map

1 heure et demi de bus après Banos m’amène à Latacunga, enfin à la sortie d’autoroute de Latacunga, puisque c’est là que le bus me jette. Je remonte donc la bretelle où je saute dans un autre bus qui passait par là et qui m’amène 4km plus bas, au terminal. En chemin je peux observer le volcan Cotopaxi qui fume toujours depuis le mois de juillet… De là je change rapidement pour un autre bus qui monte à Quilotoa en 2 ou 3 heures, franchement je sais plus, c’est comme prendre le train entre Lausanne et Renens, ça compte pas, la distance est si ridicule…
Quilotoa est un petit bled des andes équatoriennes, perché à 4000 mètres d’altitude, à 2 pas du lac de cratère du même nom, c’est justement mon objectif. Je passe la journée à repérer les lieux, découvrir « l’artisanat local » c’est les mêmes ponchos et bonnets andins en poil de mammouth d’alpaga que je vois maintenant depuis mon arrivée au Chili… Je fais connaissance à la guesthouse autour du feu, de français qui ont fait la marche autour du cratère. Le lonely planet annonce 6 heures, les français de la guesthouse l’ont fait en 3h45. Bon ils ont aussi fait l’Aconcagua il y a 3 ans (le plus sommet d’Amérique du Sud), donc la montagne ils connaissent. Ils me refilent des tuyaux, et on partage nos expériences de backpackers, classique quoi! Après un souper pas terrible pour pas dire dégueu, je rejoins mon dortoir où quelqu’un nous a heureusement allumé la cheminée car on se les gèle à cette altitude avec un vent constant à 40 km/h.
Je me glisse sous les 3 grosses couvertures qui me servent de couette, genre tapis de salon de 3 mètres sur 3, je peux plus bouger avec ce poids. Je passe une nuit quasi blanche, puisque je n’arrive pas à dormir, à cause de l’altitude, des 2 nanas ronfleuses du dortoir ou parce que je me lève régulièrement pour remettre une bûche dans cette cheminée, seule source de chauffage de la chambre mal isolée. Probablement pour les 3 raisons.
Le matin je ne tarde donc pas à partir pour cette marche. Il fait beau mais le vent est bien là. Le tracé le long de la crête du cratère n’est pas tout plat, et la moindre difficulté est essoufflante à cette altitude. Le paysage est somptueux! Je marche en solitaire et c’est très beau, ça permet de beaucoup réfléchir (ça change de d’habitude diront certains :-)) et je ressasse encore beaucoup ces Galápagos… Finalement j’arrive au bout de l’effort après 4 heures! Il en fallait pas plus. Je suis crevé! Vite un, un bus qui redescend à une altitude respirable! Retour à Latacunga, au terminal, j’entends un chauffeur de bus héler : « Quito! Quito! Quito! Quito! Quiiitoooooooo! ». Pour être sûr je lui ai demandé s’il allait bien à Quito, il a rien dit, j’ai souris et je suis monté dans le bus, je crois que je me dirige vers Quito….